Le procès de Maurice Papon
sur
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| 25 Juillet | Emission 1 |
Le 8 octobre 1997 à Bordeaux, s'ouvre le procès
de Maurice Papon, accusé de complicité de crime contre
l'humanité pour son rôle dans l'organisation de huit convois
de juifs déportés entre juillet 1942 et mai 1944, alors
qu'il était secrétaire général de la préfecture
de la Gironde. Le parcours de l'accusé le distingue d'un Klaus
Barbie ou d'un Paul Touvier puisqu'il a poursuivi après-guerre
une brillante carrière administrative et politique, couronnée
par un portefeuille de ministre du budget entre 1978 et 1981. L'« affaire
Papon » éclate à cette époque lorsque le
Canard Enchaîné publie des documents le mettant en cause
dans la déportation des juifs de la région bordelaise.
Suivent de nombreuses plaintes et, après seize ans d'instruction,
l'ancien haut fonctionnaire comparaît devant la cour. |
| 26 Juillet | Emission 2 | Curriculum Vitae et témoins de moralité Les débats débutent véritablement
avec l'examen de personnalité de Maurice Papon, qui comparaît
libre devant la cour d'assises. Le curriculum vitae de l'accusé est évoqué en
partant de sa formation en allant jusqu'aux postes qu'il occupa après-guerre
(préfet, préfet de police de Paris, député,
ministre…), mais sans passer par les années de l'Occupation,
dont l'examen est reporté à plus tard. Ce parcours exemplaire
semble confirmé dans les débats par l'aisance dont fait
preuve l'ancien haut fonctionnaire âgé de 87 ans. Il n'en
connaît pas moins certaines difficultés face aux accusations
portées sur son rôle, en tant que préfet de police
de Paris, dans la sanglante répression de la manifestation pro-FLN
du 17 octobre 1961, dont la 8ème audience du procès marque
le triste anniversaire. |
| 27 Juillet | Emission 3 |
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| 28 Juillet | Emission 4 |
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| 29 Juillet | Emission 5 | Le
Service régional
des questions juives Au 23ème jour du procès débute l'interrogatoire de Maurice Papon sur ses attributions les plus directement liées à l'inculpation pour complicité de crime contre l'humanité, i.e. sur l'autorité que lui a déléguée le préfet régional Maurice Sabatier sur le Service régional des questions juives. Dirigée par Pierre Garat, cette cellule restreinte s'occupe de la tenue et de la mise à jour du fichier des juifs de la région bordelaise, ainsi que de l'aryanisation des biens juifs ; ses principaux interlocuteurs sont les autorités allemandes et le Commissariat général aux questions juives. Alors que l'accusation et les parties civiles décrivent ce service comme un rouage essentiel dans l'organisation des rafles et des convois, Maurice Papon s'emploie tantôt à en minimiser le pouvoir, tantôt à en souligner l'action positive en vue du sauvetage des juifs pouvant échapper à la déportation. C'est ce second argument que les avocats des parties civiles remettent d'abord en cause à la reprise du procès, après qu'il a été interrompu plus de deux semaines par une nouvelle hospitalisation de l'accusé. Le soutien de ce dernier aux juifs est dénoncé par Maître Nordmann comme une invention datée du déclenchement de l'affaire en 1981, et Maître Klarsfeld s'emploie à en démontrer l'inanité, exemple à l'appui. Un autre cas est mis en évidence par Maître Zaoui pour infirmer le premier argument de la défense en démontrant qu'il s'agissait d'un service parfaitement opérationnel dont la responsabilité relevait clairement de l'accusé. |
| 1er Août | Emission 6 | Le cas de Léon Librach Le procès s'est ouvert depuis deux mois lorsque la cour entame enfin, lors de la 29ème audience, l'examen des faits reprochés à l'accusé. Ils concernent en premier lieu le destin d'un homme, Léon Librach, déporté de Bordeaux en juillet 1942. L'importance du cas de Léon Librach tient principalement en deux points. D'une part il met directement en cause la responsabilité de Maurice Papon dont la signature apparaît formellement sur un acte d'internement et de séquestration. D'autre part cette implication est aggravée par le fait que Léon Librach étant français, il n'était pas concerné par les ordres de déportation qui, à l'été 1942, ne concernaient que les juifs étrangers ou apatrides. Mis en difficulté, l'accusé s'explique par son arrivée récente à Bordeaux et exprime des regrets pour ce qu'il considère comme une erreur. Le lendemain, le témoignage d'Hersz Librach, cousin de Léon, permet de donner un visage humain à cette étude de cas administratif. Au long d'une déposition émouvante, le témoin se fait le porte-parole d'une histoire et d'une mémoire familiales marquées par le deuil : le génocide a privé le témoin d'un père, de deux frères et de son cousin Léon. Au-delà du temps écoulé, la douleur vive de Hersz Librach rappelle que le procès tient à l'exigence de réparation portée par les victimes. L'accusé s'incline devant le témoin et évoque certaines de ses relations qui furent également déportées… |
| 2 Août | Emission 7 | Le convoi du 18 juillet 1942 (1) Après le cas de Léon Librach, abordé lors de l'émission précédente, la cour d'assises de Bordeaux entame l'examen des faits concernant le premier convoi de 171 déportés juifs raflés par la police française et partis de Bordeaux le 18 juillet 1942. Après que la cour a évoqué ce dernier à partir de documents administratifs intervient, à la 33ème audience, le témoignage de Georges Gheldman. Il était âgé de 10 ans lorsque rentrant chez lui à l'heure du goûter, il a trouvé un mot de sa mère lui demandant de la rejoindre au commissariat où l'avaient conduite les gendarmes français venus l'arrêter. Tous deux ont été livrés aux Allemands, mais l'enfant seul fut libéré. Transférée à Mérignac, sa mère fut ensuite internée à Drancy puis déportée à Auschwitz. Face au refus du président de projeter la photographie de la mère disparue, Maître Klarsfeld s'emporte : la cour ferait-elle également le tri entre les « juifs intéressants » et les autres ? Le lendemain, l'avocat présente ses excuses pour cet outrage, mais la tension reste palpable pendant la suite des débats. Ainsi, lors de la 35ème audience, c'est au tour de l'accusé d'essuyer les foudres de Maître Klarsfeld lorsqu'il évoque le cas de Nicole Grunberg. Maurice Papon se prévalait de l'avoir sauvée, lorsqu'elle était enfant, en l'arrachant des bras de sa mère. Les lettres de cette dernière indiquent au contraire qu'elle souhaitait savoir sa fille en lieu sûr, en zone libre, et Maître Klarsfeld précise que ce sont les Allemands, et non l'accusé, qui l'ont soustraite à la déportation. |
| 3 Août | Emission 8 | Le convoi du 18 juillet 1942 (2) Ce sont des documents d'archives sortis de l'oubli qui, 55 ans après les faits, ont permis d'accuser Maurice Papon. Mais le rôle de la cour n'est pas seulement de faire parler les archives, elle doit aussi entendre les témoins, et la parole leur est entièrement donnée dans cette émission qui poursuit l'examen des faits concernant la rafle du 16 juillet et le convoi du 18 juillet 1942. Ceux qui étaient enfants ou adolescents au moment des faits sont à la fois témoins et victimes, et racontent à la barre leur vie brisée par la perte d'un ou de plusieurs parents, partis de Bordeaux vers une mort certaine. Ainsi Eliane Alisvaks-Dommange raconte-t-elle l'immense douleur qui lui fut infligée ce 15 juillet 1942, lorsque ses parents lui furent arrachés pour une déportation sans retour à Auschwitz. Elle n'avait que huit ans, et son émotion reste très sensible à la barre, notamment lorsqu'elle lit la dernière lettre qu'elle reçut de sa mère, écrite à Drancy. C'est avec plus d'aisance, mais sans dissimuler sa colère, que Maurice Matisson témoigne le lendemain. Première partie civile à avoir porté plainte contre Maurice Papon en 1981, il expose longuement le parcours de sa famille et la litanie des humiliations, des persécutions et des pertes dont elle fut victime pendant l'Occupation. Comme Eliane Alisvaks, le témoin refuse toute forme d'excuse à l'accusé, dont il oppose implicitement le comportement à celui des personnes qui l'ont sauvé. |
| 4 Août | Emission 9 | Le convoi du 18 juillet 1942 (3) Les audiences du procès voient se poursuivre les témoignages de victimes dont un ou plusieurs parents furent déportés de Bordeaux dans le convoi du 18 juillet 1942. C'est au tour de Nicole Grunberg de venir à la barre mais pour dire sa douleur intacte. La petite Nicole fut en effet enlevée à sa mère, avec laquelle elle avait été arrêtée : cette dernière ainsi que sa grande sœur furent déportées à Drancy, puis à Auschwitz. Son cas, déjà évoqué, est important car Maurice Papon a soutenu qu'elle avait été sauvée par ses soins, en l'arrachant des bras de sa mère. Mais une lettre de cette dernière, révélée par Maître Klarsfeld, atteste que l'enfant fut confiée à des religieuses par les Allemands, et Maurice Papon revient en partie sur ses déclarations. Intervient ensuite le témoignage bouleversant d'Esther Fogiel. Elle semble si fragile que l'on peine à croire qu'elle ait pu survivre au cortège de ses souffrances : confiée par sa mère à des passeurs à l'âge de 8 ans, elle est brutalisée et violée par ceux qui l'accueillent, avant d'être transférée dans une institution religieuse où elle est exclue du groupe des enfants parce que juive. Persuadée d'avoir été abandonnée par ses parents, elle découvre la vérité à la Libération : son père, sa mère, son petit frère et sa grand-mère ont péri à Auschwitz. La cour est sous le choc, et le procès peine à reprendre son cours. Maurice Papon, quant à lui, revient sur les changements de nationalité des juifs déportés, considérés par lui comme des erreurs regrettables. |
| 5 Août | Emission 10 |
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| 8 Août | Emission 11 | Le convoi du 26 août
1942 (2) Après deux semaines d'interruption, le procès reprend le 5 janvier 1998. A la suite du président Castagnède, c'est au tour du procureur général Henri Desclaux d'interroger Maurice Papon sur le convoi du 26 août 1942. La trêve hivernale a revigoré Maurice Papon qui se défend, point par point, lors de l'examen des pièces du dossier. Les échanges sont vifs et l'accusé maintient ses positions antérieures face au procureur qui met en doute les efforts du Service régional des questions juives pour freiner les ordres allemands, en particulier ceux relatifs à la déportation des enfants. L'accusé s'énerve : sont-ce ses interventions ou ses non-interventions qui lui sont reprochées ? Le calme revient le lendemain avec la déposition d'un rescapé des camps de la mort, Léon Zyguel. Sa famille d'origine polonaise était installée à Paris aux débuts de l'occupation. Lors d'une tentative échouée de passage en zone libre, deux de ses frères et lui-même sont arrêtés et internés à Mérignac, avant d'être transférés à Drancy par le convoi du 26 août 1942. Ils y retrouvent leur père, précédemment arrêté. Seuls deux frères, dont Léon, reviendront après avoir survécu trois longues années à l'enfer d'Auschwitz. Léon Zyguel conclut en opposant le choix des oppresseurs fait par Maurice Papon au serment pour la paix qu'il prêta pour sa part à la Libération. |
| 9 Août | Emission 12 | Les convois du 26 août
et du 21 septembre 1942 Le 8 janvier 1998, ce procès dure déjà depuis quatre mois. L'examen du convoi d'août 1942 s'achève lors de la 43ème audience avec le témoignage de Thérèse Stopnicki venue dire la responsabilité de Maurice Papon dans la déportation de ses deux petites sœurs. La femme qui les avait accueillies, à la déportation de leurs parents, lui a affirmé en 1988 que les deux petites filles avaient été internées « sur avis de la préfecture ». Le lendemain, le cours du procès est modifié par la déposition imprévue de Marguerite Bonnecaze. Cette ancienne employée du Service régional des questions juives s'est tout juste fait connaître du président, qui a décidé de l'entendre à titre de renseignement. Elle dresse le portrait d'un bureau soucieux d'appliquer les consignes du secrétaire général (« pas de zèle ») et gérant le fichier juif et l'aryanisation des biens, sans intervenir dans l'organisation des rafles. Un doute plane pourtant sur la spontanéité de ses déclarations, mise en évidence par l'interrogatoire de Maître Jakubowicz. La cour enchaîne le lendemain avec l'examen du 3ème convoi, celui du 21 septembre 1942, pour lequel Maurice Papon dispose d'un argument de poids, son absence de Bordeaux cette semaine-là. Une altercation éclate avec Maître Lévy qui entend démontrer qu'il reste responsable d'une machine suffisamment bien huilée pour fonctionner en son absence. L'interrogatoire de Maître Varaut s'emploie logiquement à démontrer le contraire, et l'accusé conclut les débats en stigmatisant le montage dont procède selon lui l'arrêt de renvoi. |
| 10 Août | Emission 13 | Témoignage de Michel Bergès Les audiences du 19 et du 20 janvier 1998 marquent une pause dans l'examen des convois, provisoirement délaissé au profit d'une déposition que le parcours du témoin rend capitale. En effet, Michel Bergès est à la fois l'initiateur de l'affaire Papon et l'un des principaux témoins cités par la défense ! En 1981, c'est lui qui a découvert les documents impliquant Maurice Papon dans la déportation des juifs de la région bordelaise. Mais entre temps, le professeur de sciences politiques a modéré ses jugements quant à la responsabilité de l'ancien ministre. Il insiste notamment sur les lacunes des sources disponibles, sur le rôle du préfet régional Maurice Sabatier et sur le pouvoir des autorités allemandes sur l'administration. Le contexte exige également, selon lui, de ne pas préjuger de la connaissance de l'accusé sur le sort des déportés. Les parties civiles s'en prennent logiquement à un témoin qui, en d'autres temps, a déposé en leur faveur. Son revirement et certains de ses arguments sont donc successivement mis en cause par Maître Jakubowicz et Maître Lévy. Michel Bergès se défend en arguant du souci d'objectivité qui a guidé l'évolution de ses recherches et de ses interprétations. Ces dernières ne disculpent pas Maurice Papon, mais tendent à relativiser le poids de sa responsabilité. Les questions de Maître Varaut ne manquent pas de mettre en valeur ces circonstances atténuantes et, à sa suite, Maurice Papon remercie le témoin pour sa déposition. |
| 11 Août | Emission 14 | Le convoi du 26 octobre 1942 Les 52ème et 53ème audiences du procès font écho aux deux précédentes : à l'occasion de l'examen du convoi du 26 octobre 1942, la cour entend la déposition de Michel Slitinski, faisant immédiatement suite à celle de son ancien ami Michel Bergès. C'est à partir des documents trouvés par ce dernier que Michel Slitinski a pu donner un véritable essor à son entreprise de mise au jour des responsabilités dans la déportation des juifs de la région bordelaise. Une entreprise qu'il a menée contre vents et marées depuis la Libération, en historien autodidacte, et qui s'est concrétisée lors des premières plaintes de parties civiles portées contre Maurice Papon en 1981. La déposition de Michel Slitinski traduit cet engagement en faveur d'un procès attendu et suivi audience après audience, négligeant un peu la période des faits qui justifie son témoignage : à 17 ans, Michel Slitinski est entré dans la Résistance après avoir échappé à l'arrestation de sa famille par des policiers français. Son père, déporté dans le convoi du 26 octobre 1942, n'est jamais revenu. Mais c'est précisément sur ses combats d'après-guerre que le témoin est pris à partie par Maître Vuillemin. Dans l'un des nombreux ouvrages que Michel Slitinski a consacré au Bordeaux des années noires, il a composé un document à partir de deux archives existantes. Ce problème est sans incidence sur le fonds et les pièces sont connues de tous, mais un débat houleux s'engage auquel l'avocat général Marc Robert met finalement un terme. |
| 12 Août | Emission 15 | Le convoi du 25 novembre 1943 Le 23 janvier 1998 commence l'examen du 5ème convoi, pour lequel la cour doit effectuer un bond dans le temps d'octobre 1942, date du précédent convoi examiné, à novembre 1943. Par ailleurs, sur les 86 personnes déportées le 25 novembre 1943, une seule a fait l'objet d'une plainte à l'encontre de Maurice Papon. En effet, les Allemands ont mobilisé des policiers français pour l'organisation du convoi, mais sans en informer la préfecture. Quelle charges pèsent donc contre Maurice Papon ? L'accusation porte précisément sur la déportation de Sabatino Schinazi, dont il n'est pas revenu et à laquelle il eut dû échapper en tant que « conjoint d'aryenne ». Il fut à ce titre rayé du fichier juif dès avril 1943. Or en novembre, il est interné depuis plus d'un an déjà au camp de Mérignac, en dépit des multiples démarches conduites par son épouse, notamment auprès de la préfecture… Deux audiences plus tard, un échange serré s'engage entre l'accusé et Maître Zaoui. Ce dernier s'emploie à mettre en évidence le rôle de la préfecture pour élaborer pas à pas la définition d'un crime administratif. Mais les deux hommes ne parviennent pas même à se mettre d'accord sur une définition précise de l'administration. Qui sont ces « bureaucrates » qui, selon l'accusé, portent la responsabilité des convois ? Mis à mal dans sa défense, Maurice Papon exige des preuves à son encontre et dénonce l'inconsistance des arguments rhétoriques de l'avocat. |
| 13 Août | Emission 16 | Le convoi du 30 décembre
1943 Le 2 février 1998 s'achève « l'affaire Castagnède », l'un des principaux rebondissements qu'ait connu le procès en dehors des audiences : révélant un lien de parenté ignoré entre Jean-Louis Castagnède et l'une des parties civiles, Serge et Arno Klarsfeld ont été jusqu'à menacer le président d'une demande de récusation à laquelle ils ont finalement renoncé. Rien ne transparaît dans les débats qui examinent, ce jour-là, le cas d'un personnage régulièrement cité dans les audiences. Il s'agit du grand rabbin Cohen, qui a échappé de peu à la déportation en décembre 1943 et auquel un actif réseau de soutien a permis de survivre dans la clandestinité jusqu'à la Libération. Ce parcours est retracé à la barre par l'un des fils du rabbin, Michel Cohen. L'importance de ce témoignage tient à la place du rabbin dans le système de défense de Maurice Papon : il se réfère régulièrement à leurs échanges dans le cadre du service régional des questions juives, et affirme surtout avoir pris une part active à son sauvetage. C'est sur cette assertion, déniée par le témoignage de Michel Cohen, que vont principalement porter les interventions des avocats des parties civiles, Maître Boulanger et de Maître Lévy en particulier, qui accusent Maurice Papon de mensonge. L'accusé se voit également reprocher son indifférence à l'égard du sort des juifs, lui qui admet ne s'être jamais rendu au camp de Mérignac où ils étaient parqués dans l'attente d'un transfert vers Drancy. |
| 16 Août | Emission 17 | Le convoi du 12 janvier 1944 L'audience du 4 février 1998 entame l'examen du convoi du 12 janvier 1944 et de la rafle qui l'a précédé. Le président lit les noms des victimes et les charges qui pèsent sur l'accusé, avant d'entamer l'étude des documents. Certains traduisent la volonté des autorités préfectorales de se dédouaner à l'égard d'une rafle qui concerne les juifs français aussi bien que les étrangers. La participation des policiers français ne semble plus souhaitable : on est en janvier 1944 et le vent tourne. Une requête ne fera que retarder brièvement les opérations assumées par les Français, et 222 juifs sont raflés et enfermés dans la synagogue. L'accusé peine à expliquer ce qui constitue un « précédent ». Le lendemain, la cour évoque les deux jours passés entre la rafle et le départ du convoi. Sont notamment examinées les interventions du service des questions juives pour faire libérer les cas litigieux des non-juifs et, selon les propres termes de Maurice Papon à l'époque, les « juifs intéressants » : médaillés, mutilés et femmes enceintes. 42 personnes échappent ainsi à la déportation, mais 317 partent pour Drancy dans des conditions d'insalubrité totale. Certains documents attestent que l'on est alors bien loin de « toute l'humanité désirable » saluée par le préfet régional à propos de la rafle effectuée deux jours plus tôt. |
| 17 Août | Emission 18 | Le convoi du 13 mai 1944 L'examen des faits reprochés à Maurice Papon s'achève lors des 67ème et 68ème audiences du procès, consacrées au convoi du 13 mai 1944. Moins d'un mois avant le débarquement en Normandie, la victoire alliée ne fait guère plus de doute, mais les Allemands continuent pourtant à faire partir des convois de Bordeaux et de Drancy. Cette émission laisse la parole aux derniers témoins des parties civiles, en l'occurrence André Balbin et Juliette Benzazon. Le premier, âgé de 89 ans, vient à la barre le 12 février 1998 : originaire de Nancy, sa famille est arrêtée par des gendarmes français. Ses parents, sa sœur et lui sont déportés à Auschwitz. L'âge des premiers les conduit directement à la chambre à gaz. André Balbin a survécu, mais au prix des souffrances traversées par tous ceux qui comme lui furent quotidiennement confrontés au fonctionnement de la machine de mort. Le témoin conclut sur un appel : « S'il n'y a pas de prison, il n'y a pas de justice ». Juliette Benzazon, qui s'avance à la barre le lendemain, ne montre pas plus de clémence à l'égard de Maurice Papon. L'entreprise d'extermination nazie l'a privée de son père et de son frère, arrêtés à Marseille et déportés à Sobibor. Dans le convoi parti de Bordeaux ce 13 mai 1944, ce sont une tante, deux cousines et un cousin qui sont déportés sans retour. Comme André Balbin, elle est déterminée à réclamer justice et affronte fièrement Maurice Papon. Le ton monte rapidement lorsque ce dernier essaye de lui poser des questions. |
| 18 Août | Emission 19 | Les services de ¨Papon à la
Résistance (1) Avec la 70ème audience du procès s'ouvre l'examen d'un nouveau chapitre des activités de l'accusé pendant l'Occupation, celui controversé de ses services rendus à la Résistance. Lui-même ne se présente pas comme un « héros de la Résistance », mais n'en raconte pas moins avec assurance et fierté les circonstances dans lesquelles il a aidé ou intégré les réseaux Jade-Amicol et Marco Kleber. Interrogé par le président sur les actions concrètes constituant ces services, Maurice Papon évoque l'aide aux aviateurs américains tombés en France, la fourniture de faux-papiers, le recueil d'informations administratives, économiques et stratégiques, … L'affirmation de ces services manque de preuves pour en étayer la réalité, et le président souligne documents à l'appui les atermoiements des différentes procédures ayant conduit à la reconnaissance du rôle de Papon dans la résistance en 1958. On pourrait résumer ainsi la question : cette reconnaissance tardive tient-elle à sa fonction de préfet de police de Paris ou à sa négligence à faire valoir des services pourtant avérés ? A partir du 19 février 1998, de nombreux témoins viennent déposer en faveur de la seconde hypothèse. Ainsi un fils de Gustave Souillac, un pilier du réseau Jade-Amicol, atteste-t-il la résistance de Maurice Papon au nom de son père, tout en dénonçant les incohérences et les manques de l'arrêt de renvoi. |
| 19 Août | Emission 20 | Les services de Papon à la Résistance
(2) Cette seconde émission consacrée aux services rendus par Maurice Papon à la Résistance donne la parole à certains des témoins venus déposer en sa faveur lors des 72ème, 73ème et 74ème audiences. La plupart sont résistants ou fils de résistants, mais ils proposent le plus souvent des témoignages indirects. Ainsi Aimé Aubert convient-il n'avoir connu Maurice Papon qu'à partir de 1958 : son assurance quant à la résistance de l'accusé tient à la confiance que lui manifestait alors le pouvoir gaulliste, et que le jury d'honneur de 1981 a confirmé à ses yeux. Son salut répété au « résistant Maurice Papon » ne manque pas de soulever des protestations dans la salle. Hubert de Beaufort vient d'une famille ayant payé un lourd tribut à la lutte contre l'occupant. Sa déposition porte principalement sur l'écart décelable selon lui entre le poids des accusations portées contre Maurice Papon (dont il considère qu'il ne pouvait ni savoir ni agir) et le peu de reproches faits aux chefs alliés dont le savoir ne fut accompagné d'aucune action concrète pour enrayer la machine de mort. Enfin, l'ancien résistant du Musée de l'Homme Jean Jaudel vient condamner un procès qu'il identifie comme celui du gaulllisme : un scandale pour celui qui en appelle à la mémoire du Général pour glorifier et Papon et la République… Les parties civiles sont furieuses et s'empressent de rappeler au témoin qu'il ne représente pas toute la Résistance : certaines de ses associations ont porté plainte contre Maurice Papon. |
| 20 Août | Emission 21 | Les plaidoiries des parties civiles (1) Le 9 mars 1998 débutent les plaidoiries des avocats des parties civiles. L'enjeu est à la mesure de la durée du procès, et ce d'autant que la combativité de l'accusé et certaines failles apparues dans le dossier d'accusation font craindre aux parties civiles que les jurés puissent pencher vers un acquittement. Chacun des avocats s'emploie donc à démontrer méticuleusement la responsabilité de Maurice Papon et à discréditer ses arguments de défense, en fonction des parties civiles qu'il représente et des aspects du dossier qu'il a déjà évoqué dans les débats. Maître Boulanger ouvre logiquement les plaidoiries car il fut le premier, en 1981, à porter plainte au nom des familles Matisson et Fogiel, et c'est l'histoire d'un combat judiciaire qu'il retrace tout d'abord, avant de dénoncer l'imposture que constitue à ses yeux la résistance de l'accusé. Plaidant le lendemain au nom des Fils et Filles de Déportés Juifs de France, Maître Klarsfeld insiste sur la responsabilité de l'accusé dans la déportation des enfants, et conclut en appelant implicitement à une graduation des peines : Maurice Papon n'est ni Oberg ni Bousquet, mais il est coupable et mérite une peine indispensable et équitable. Enfin, Maître Daigueperse qui représente l'Association Culturelle Israélite de la Gironde, revient sur le rôle de l'UGIF et du grand rabbin Cohen en dénonçant les mensonges de l'accusé quant à son implication réelle dans le sauvetage de juifs promis à la déportation. |
| 21 Août | Emission 22 | Les plaidoiries des parties civiles (2) Les plaidoiries des parties civiles se déroulent du 9 au 16 mars 1998. Le 12, c'est au tour de Maître Jakubowicz de plaider. Il s'attaque avec véhémence à l'argument de la défense présentant un Maurice Papon contraint et ignorant des enjeux de son action. Selon lui, il n'y a pas crime d'indifférence, mais véritable crime contre l'humanité dans la mesure où l'accusé savait que les déportations équivalaient à une condamnation. Au crime le plus grave doit donc répondre la peine la plus sévère. Les ultimes plaidoiries de la 86ème audience reviennent au duo formé par Maître Lévy et Me Zaoui. Le premier insiste comme Maître Jakubowicz sur la connaissance qu'avait l'accusé de la gravité des actions que son poste le conduisait à mener. Sa plaidoirie fait une large place au rôle du fichier juif dont s'occupait le service placé sous la responsabilité de Maurice Papon. Ce fichier constitue à ses yeux l'arme d'un crime qui n'appelle aucune circonstance atténuante. Maître Zaoui, qui lui succède, est le dernier à parler au nom des victimes. Après avoir montré que le temps écoulé depuis les faits n'en amoindrit pas la portée, il s'attache surtout à en définir la nature : le crime contre l'humanité renverse l'interdit du meurtre et se caractérise par son caractère collectif. A la place qui fut la sienne, Maurice Papon en est coupable par l'exercice d'un « crime de bureau » commis en toute conscience. |
| 24 Août | Emission 23 | Réquisitoire du procureur général Après les plaidoiries des parties civiles, la parole est au Ministère public, représentant la société. Le 19 mars 1998, c'est donc au tour du procureur général Henri Desclaux de prendre la parole, après que son collègue l'avocat général Marc Robert s'est exprimé la veille. Son rôle est de confronter les chefs d'accusation retenus contre Maurice Papon avec les faits reconstitués d'après les pièces examinées pendant les audiences. Ainsi lui revient-il de déterminer, convoi après convoi, si l'accusé s'est ou non rendu coupable des charges pesant contre lui, à savoir la complicité d'arrestation, de séquestration et d'assassinat. L'émission présente ainsi ses conclusions concernant deux cas importants examinés pendant le procès, ceux de Léon Librach et de Sabatino Schinazi. De façon apparemment spontanée, Maurice Papon réagit à l'analyse accablante du procureur en quittant son box… Ce geste imprévu est assimilable à un refus de comparaître : la cour en reste un instant stupéfaite, puis l'accusé est ramené dans son box et l'audience peut reprendre. Achevant son réquisitoire, Henri Desclaux conclut à la culpabilité de Maurice Papon, rejetant notamment l'argument avancé quant à l'ignorance du sort réservé aux juifs déportés. Mais dans la mesure où il fut un rouage essentiel du crime sans en être l'instigateur ni le seul complice, le procureur général demande à son encontre une peine de 20 ans de réclusion assortie de la privation de ses droits civiques, civils et familiaux. |
| 25 Août | Emission 24 | Plaidoirie de Me Varaut 24 mars 1998. Après quinze jours d'accusations portées contre Maurice Papon par les parties civiles et le ministère public, Maître Varaut doit profiter de ce que la défense a toujours le dernier mot pour convaincre la cour et les jurés de l'innocence de son client. La tâche est complexe et promet d'être longue : la plaidoirie est prévue pour durer trois jours. Elle ne s'achèvera finalement que le 1er avril, son déroulement ayant été un temps interrompu par le décès de la femme de Maurice Papon. Le ton lyrique et solennel de Maître Varaut est au service d'une argumentation qui vise notamment à distinguer le cas de Maurice Papon des considérations sur les crimes de Vichy, le procès ayant pour objet de juger un homme et non une époque. Il condamne la tenue même d'un procès qu'il juge inutile et même néfaste. Fidèle à la ligne de défense adoptée jusque-là, l'avocat présente les activités du secrétaire général selon deux angles différents. D'une part, sa responsabilité ne serait pas engagée dans la mesure où il n'y avait, de sa part, ni pouvoir ni volonté de nuire aux juifs. D'autre part, au sein de ce système de contrainte qu'était l'occupation, Maurice Papon aurait fait son possible pour soustraire à la déportation les juifs qui pouvaient l'être. Maître Varaut conclut en affirmant que l'ignorance du sort réservé aux déportés disculpe son client de toute complicité, et justifie son acquittement. |
| 26 Août | Emission 25 | Péroraison de Me
Varaut, discours de M. Papon, verdict Faisant suite à la plaidoirie fleuve de Maître Varaut, c'est au tour de Maurice Papon de clore les débats, le dernier mot revenant à l'accusé. Se présentant comme un bouc émissaire, il décrit l'action de la préfecture comme relevant d'une politique du moindre mal, et invite les jurés à ne pas condamner d'un même mouvement sa personne et la France… Après 19 heures de délibéré, le président lit les réponses aux questions posées au jury : Maurice Papon est reconnu coupable de complicité d'arrestation et de séquestration pour quatre des convois examinés durant les audiences. Les jurés n'on pas retenue la complicité d'assassinat. L'accusé est condamné à 10 ans de réclusion, ainsi qu' à la privation de ses droits civiques, civils et familiaux. Demeurant libre, il signe son pourvoi en cassation tandis que se vide la salle d'audience. C'est la fin du plus long procès de l'histoire judiciaire française. |